B.R.A Tendance Restauration - 377 - Novembre 2016

L’établissement de 300 m² situé près de la gare de Lourdes a été transformé en un café-restaurant culturel, avec 5 chambres à l’étage. © A. Thiriet

Le Baluchon à Lourdes

Un projet et un lieu alternatifs


Ce n’est jamais simple de faire face aux habitudes et de se faire une place là où l’on n’est pas attendu. Karine Fridman et Bruno Lequitte peuvent le confirmer. Ovni dans le monde des bars-restos de Lourdes, leur « café-couchette » fait polémique. Mais la fréquentation du Baluchon croît, notamment grâce à ses rendez-vous culturels de plus en plus appréciés.

Par Anthony Thiriet

Karine Fridman et Bruno Lequitte, la quarantaine, avaient une vie plutôt posée lorsqu’ils travaillaient pour l’éducation nationale. « Nous avons eu envie de faire autre chose ! » L’idée d’ouvrir un café-culture est venue de Karine, ancienne documentaliste et médiatrice. En parallèle d’une étude de marché, le couple s’est fait conseiller. « Tout le monde nous disait que la culture n’était pas rentable. Mais c’est ce qui nous motivait avant tout ! »
Les amoureux restent donc sur leur position et achètent, en 2013, un ancien hôtel de 1 100 m² à Lourdes. Pourquoi cette ville ? « C’est une porte d’entrée sur les Pyrénées grâce à la gare et à l’aéroport ! » Comptent-ils attirer les pèlerins ? « Ce n’est pas notre clientèle cible. Nous cherchons à nous différencier de l’offre lourdaise classique en nous orientant vers un nouveau public », rétorquent-ils.

Virtuel nécessaire
Le mot « hostel » en façade s’adresse à une clientèle d’un autre type. « Nous visons surtout les touristes jeunes et sportifs qui veulent profiter de la montagne. » Mais ces clients-là ne sont pas faciles. « Ils sont ultra-réactifs et branchés. Nous devons être efficaces sur le virtuel ! » Aidée au début par un ­graphiste, qui a créé la l’univers du site Internet, Karine gère aujourd’hui elle-même la communication et le ­marketing.
Si le couple n’a pas touché à la structure du bâtiment, la décoration et l’aménagement intérieurs ont été entièrement refaits, avec pas mal de récupération. « Nous voulions un style bohème et dépareillé, pour nous démarquer des chaînes aseptisées. » Même les 5 chambres ont été thématisées par leur soin. L’investissement n’a pas dépassé quelques dizaines de milliers d’euros, mise aux normes de sécurité comprise.

Produits régionaux
Le Baluchon ouvre finalement ses portes en 2014, avec « café-couchette » comme baseline explicative. « Cela fait référence aux trains-couchette, aux voyages et au partage, et participe à notre différenciation. Mais le concept du lieu n’est pas toujours compris localement, qu’il s’agisse du nom ou de l’offre culturelle proposée en libre participation… » regret­tent Karine et Bruno.
Situé au RDC, le bar-restaurant s’étend sur 150 m², avec un nombre de places variable selon la disposition de la salle (dans la limite légale de 80 clients). Ouvert toute la journée, il propose notamment des bières et vins de la région et des cocktails classiques comme le Mojito et la Piña Colada (6 €). Le client peut aussi se laisser tenter par un cocktail création ou un punch maison (4 €). « La bar est notre activité la plus facile et la plus rentable », résument les gérants.

Tarifs accessibles
Pour la restauration, Le Baluchon travaille surtout en soirée avec des assiettes de tapas et des soupes maison en hiver, « très demandées et appréciées ». Karine prépare aussi des plats « maison et familiaux » lorsqu’il y a des animations, vendus à 12 € ou 15 € avec un dessert maison. « Nous restons sur des prix accessibles car Lourdes est une ville peu chère. » Ses rues sont en effet jonchées de menus à 7 €.
Le déjeuner n’est pour l’instant proposé que sur réservation, mais les gérants songent à le développer. « Depuis que nous gérons ce lieu, 90 % de nos phrases commencent par “il faut que”. Nous sommes débordés...» Tout cela pour des résultats un peu décevants, surtout en hébergement. « Il fut un temps où tout hôtel lourdais se remplissait. Ça n’est plus le cas ! » L’activité progresse cependant grâce aux plates-formes en ligne comme Booking et Airbnb.

Concept différenciant
Étonnamment, et contrairement aux attentes, c’est le bar-resto qui fonctionne le mieux et engendre le plus de CA. Il accueille les clients de l’hôtel bien sûr, mais aussi des locaux, de Lourdes et des communes voisines. « Des gens viennent parfois de loin. C’est que nous répondons à une demande en proposant quelque chose d’original pour les environs », lance la dirigeante, qui évoque aussi le soutien de la presse régionale. La proximité avec les clients et la bonne réputation de la cuisine participent aussi au succès.
Côté programmation, le couple évite « les activités trop élitistes, comme la poésie » qui « ne trouvent pas leur ­public dans une si petite ville ». Ce sont les concerts et les débats qui rencontrent le plus de succès. Le Baluchon organise aussi des soirées en partenariat avec des associations en tous genres. À ce jour, l’établissement n’a pas encore atteint le seuil de rentabilité. « La ville est-elle trop petite ? Notre concept trop décalé ? Avons-nous été trop ambitieux ? » Les patrons sont en tout cas persuadés que leur café-culture « aurait plus de succès dans des villes plus ouvertes et alternatives ». Le CA prévisionnel 2016 se limite à 82 000 €, mais le couple compte sur une croissance en 2017.

2 animations par semaine

L’une des forces du Baluchon, c’est son programme culturel, avec au moins 2 animations chaque semaine, de styles variés. Les artistes voient leur passage dans ce café-couchette comme un tremplin. « Nous leur offrons une scène de démarrage, avec une vraie communication autour de l’événement et un public attentif », précisent les gérants. S’ils savent que ce n’est pas ce qui rapporte, c’est dans leurs relations avec les artistes et leur public qu’ils trouvent du sens à leur activité.


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